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Lucien Murat x Thomas Laigle

Lucien Murat et Thomas Laigle ont le plaisir de vous inviter à la présentation du fruit de leur collaboration.

Associant et juxtaposant leurs pratiques singulières, ils donnent naissance à une oeuvre hybride où la lumière sonique de Thomas Laigle devient le révélateur d’un récit caché dans les tapisseries de Lucien Murat. Dans cette performance live, la friction entre son et lumière et œuvres picturales plonge le spectateur dans une narration étrange et hypnotique. Les œuvres décrochées de leurs cimaises habitent l’espace d’exposition, la galerie mute en un théâtre des opérations.



“D’habitude pour faire parler un tableau, on fait appel à des connaisseurs aux noms comme des trombones. Mais Lucien, qui enjambe les cadres et les conventions avec la fluidité d’un coureur du 400 mètres haies a eu une idée plus tarabiscotée. Son envie : que les spectateurs se fassent une toile face à ses tableaux. Quand on connaît le foisonnement des peintures de Lucien, on se dit qu’on a affaire à un film dont il ne manque que la bande-son…
C’est porté par le même souffle de poésie que Thomas Laigle renverse la table des convenances. Depuis la nuit des temps musicaux, la lumière est asservie au son. Thomas, lui, inverse les pôles faisant des lumières – plus exactement des ampoules 20 watts en tortillon, des tubes à gaz d’argon et des lampes à vapeur de sodium – ses solistes. Avec ses compositions, c’est littéralement la Révolution des Lumières.
Un film dans le film, voilà le spectacle que vous propose ce soir cette association de malfaiteurs. Douze minutes d’odyssée incandescente dans une nouvelle forme de diorama aussi électrique qu’apocalyptique.”

David Combe, rédacteur en chef de Tracks/Arte

Les séances auront lieu:
* Samedi 25 janvier 2020
* au Loft 19 de la galerie Suzanne Tarasiève, Passage de l’Atlas, 5 Villa Marcel Lods, 75019 Paris
* à 17h et à 20h

Les places étant limitées, nous vous prions de confirmer votre présence en utilisant la fonction RSVP.

Expo : l’art de Lucien Murat réveille les grands enfants

L’art contemporain est un jeu d’enfants. Du moins, c’est ce que l’on pourrait croire en déambulant dans l’exposition « One To Rule Them All » de Lucien Murat à la Galerie Suzanne Tarasieve (75003). Personnages héroïques et décors fabuleux nous y rappellent nos vieux comics et nos jeux-vidéos préférés… dans un monde où l’on aurait perdu le contrôle du joystick. 

« Je vivais la nuit, je dormais le jour et j’écrivais beaucoup », raconte Lucien Murat de son séjour dans le New Jersey, pendant lequel il a imaginé sa « néo-mythologie ». Inspiré par ses lectures de CrashLe Roi des Aulnes de Michel Tournier ou encore la Grèce Antique, le monde contemporain se métamorphose entre ses deux mains et se réinvente dans des peintures aux airs de bas-reliefs.

Tout se passe comme si l’artiste mixait ses matériaux : bâches et tapisseries anciennes se superposent dans des scènes explosives dont la dimension grotesque fait parfois sourire. « Pendant que j’imaginais ces pièces, j’écoutais deux albums en boucle. Lunatic de Booba et Sad Hill de Khéops. Ce côté très découpé du rap dans le phrasé se retrouve dans mon travail, où l’on retrouve aussi la technique du sampling. C’est une musique qui m’a conditionné à l’écriture de mes petits textes. » 

Dans la galerie, un récit se poursuit d’œuvres en œuvres. Comme des extraits de films qui s’enchaîneraient, le travail de Lucien Murat constitue une saga inédite, dont les personnages et les décors ne sont jamais laissés au hasard. Bien au contraire, tous questionnent.

S’agit-il d’un point de tapisserie ou d’un pixel ? Faisons-nous face à une scène mythique ou à une projection dans le futur ? Là où science-fiction et esthétique post-Internet se mêlent, le visiteur est invité à interroger ses propres références. Partageons-nous tous la même culture, devenue homogène et dominante ? Les flux d’images, de vidéos et d’informations ont-ils aboli toutes les frontières ?

Tantôt réjouissantes, tantôt inquiétantes, les œuvres de Lucien Murat réveillent l’enfant turbulent qui sommeille en nous, celui que le monde des adultes fascinait, mais pas assez pour quitter l’écran des yeux.

« One to rule them all »
Jusqu’au 25 janvier 2020
Galerie Suzanne Tarasieve
7, rue Pastourelle 75003

Performance le 24 janvier 2020
Thomas Laigle et Lucien Murat


Par Lola Levent – YARD, le 09/01/2020


 

Los Contemporaneos

Lucien Murat “One to Rule Them All” @Galerie Suzanne Tarasieve in Paris.

Is it a coincidence that Paris feels somewhat apocalyptic lately and that Lucien Murat’s tapestries evoke a similar feeling? Good art is like that.

We have been keeping an eye on this artist and his work. A couple of days ago, just before the opening of his solo show, we were invited to visit his studio, his solo exhibition takes place today at Galerie Suzanne Tarasieve. Read the full article.
Having the chance to see his work beforehand did nothing but got us closer his vision, at the gallery, we melted into the tapestries, like being part of the world he envisioned, it really came to life. We had a great time!

WHAT WE FELT
We found ourselves inside the war between violence, hope, death, life, chaos and balance. Each tapestry is the sequel of the other. A mythical story, ancient as time but at the same time avant-garde, talking about confrontation, destruction, power, and survival. This videogame style adventure became two-dimensional, divided into sections when one enters the gallery it is quickly taken into the storm. Attacked by radioactive skulls, laser ak 47s, computer glitches, code bugs and pixelized images but there is still there is hope, a hero is here; Megathesis.

WHY VISIT THIS EXPO
To have an adventure, to escape the current chaos of the world and find shelter somewhere in art. In this world, where technics are mixed, where things might seem out of control you will become part of it and let go.


Isabelle Teran, Los Contemporaneos, le 12/12/2019

Lucien Murat X Thomas Laigle

Performance
Jeudi 12 décembre 2019 à 20h et 21h


LOFT 19 Passage  de l’Atlas / 5, Villa Marcel Lods – 75019 Paris


Associant et juxtaposant leurs pratiques singulières, ils donnent naissance à un œuvre hybride où la lumière sonique de Thomas Laigle devient révélateur d’un récit caché dans les tapisseries de Lucien Murat. Dans cette performance live, la friction entre son et lumière et œuvres picturales plonge le spectateur dans une narration étrange et hypnotique. Les œuvres décrochées de leurs cimaises habitent l’espace d’exposition, la galerie mute en un théâtre des opérations.

D’habitude pour faire parler un tableau, on fait appel des connaisseurs aux noms comme des trombones. Mais Lucien, qui enjambe les cadres et les conventions avec la fluidité d’un coureur du 400 mètres haies a eu une idée plus tarabiscotée. Son envie : que les spectateurs se fassent une toile face à ses tableaux. Quand on connait le foisonnement des peintures de Lucien, on se dit qu’on a affaire un film dont il ne manque que la bande-son…

C’est porté par le même souffle de poésie que Thomas Laigle renverse la table des convenances. Depuis la nuit des temps musicaux, la lumiere est asservie au son. Thomas, lui, inverse les pôles faisant des lumières plus exactement des ampoules 20 watts en tortillon, des tubes gaz d’argon et des lampes å vapeur de sodium ses solistes. Avec ses compositions, c’est littéralement la Révolution des Lumières. Un film dans le film, voilà le spectacle que vous propose ce soir cette association de malfaiteurs. Douze minutes d’odyssée incandescente dans une nouvelle forme de diorama aussi électrique qu’apocalyptique.


David Combe
Rèdacteur en chef de Tracks/Arte

Interdit d’interdire / Culture : numéro 104

Frédéric Taddeï reçoit la comédienne et réalisatrice Anne Consigny, l’artiste plasticien Lucien Murat, le journaliste Arnaud Ardoin et le musicien Cézaire. Sur le plateau d’Interdit d’interdire : – La comédienne et réalisatrice Anne Consigny pour son documentaire «Je prends ta peine» – L’artiste plasticien Lucien Murat pour son exposition «One to Rule Them All» à la Galerie Suzanne Tarasieve – Le journaliste Arnaud Ardoin pour son livre «Et si le parrain était une femme» aux Editions du Seuil – Le musicien Cézaire pour son nouvel EP «Attraction»


RT France, le 11/12/2019

l’atelier A

Lucien Murat s’empare des subcultures (jeu vidéo, bande dessinée, manga) pour créer une cosmogonie absurde et violente.
Les peintures-tapisseries de Lucien Murat sont composées à la manière de collages. Elles racontent l’histoire de Mégathesis, un héros solitaire livré à un monde post-humain et post-internet nourri de flux d’informations constant et d’une ultra-violence systémique. À la manière d’un film, l’artiste fabrique, action par action, le scénario d’une troublante mythologie.


Arte Tv, le 24/10/2019

La Pop-Couture de Lucien Murat

Mélanges de points de croix et de pixels, les barbares du jeune artiste hackent la tradition de la tapisserie.

La tapisserie et la broderie n’ont pas toujours été réservées aux tableaux bucoliques, aux scènes de chasse, aux mythologies religieuses ou aux saynètes kitchs des salons de grand-mère. Les épopées ont aussi été le sujet de cet art de l’aiguille dont les plus illustres exemples sont la tapisserie de Bayeux et, plus récemment, les récits de Star Wars et de Game of Thrones. Il faudra désormais ajouter l’œuvre de Lucien Murat, exposée pour la première fois à la galerie Suzanne Tarasieve. Lauréat en 2015 du prix Arte-Beaux-Arts magazine, passé par la Central Saint Martins à Londres, Lucien Murat ouvre la porte d’un monde textile où explose une barbarie jaillie de la pop culture. Dans ses compositions cataclysmiques, Megathésis, un abominable super-héros de son invention tout en muscles et armé jusqu’aux dents, affronte des ennemis qui ne sont autres que lui-même. Telle une hydre tentaculaire, le musclor fratricide, enfant de la déesse Viga, domine un paysage de points de croix et de pixels jusqu’à en faire craquer les contours, comme si les tapisseries, écrans textiles rétrofuturistes, vomissaient leurs particules élémentaires. L’artiste, aidé de sa mère qui assemble sur une machine à coudre dernier cri des matières douces (tissus peints, bouts de moquette, canevas en laine, patchs molletonnés), imagine des scènes de bûcher dignes des enfers, des mises à mort sous les crocs de cerbères et des combats au lance-flammes laser dont il faut apprécier l’humour sous l’outrance visuelle.

Né en 1986, Lucien Murat brasse les références au manga, au cinéma et au jeu vidéo et attise la fascination pour le mal de cette culture populaire : comment ne pas voir dans ses images des références au dessin animé Ken le Survivant, à la trilogie Mad Max ou au jeu Street Fighter ? Intitulée «One to rule them all», clin d’œil au Seigneur des anneaux de Tolkien, l’expo titille les ténèbres à l’heure où les figures du mal – tyrans, dictateurs, terroristes, informaticiens sans scrupule – menacent de gouverner le monde. Toute la force de ce travail, guidé par l’œil de Sauron, est de tisser un fil rouge, celui du sang et de la cruauté, entre les premières BD, les tapisseries du Moyen Age et celles d’aujourd’hui, fourmillant dans nos écrans.


Par Clémentine Mercier – Liberation, le 09/12/2019

One To Rule Them All

7 décembre 2019 – 25 janvier 2020

Pour sa première exposition personnelle à la Galerie Suzanne Tarasieve, Lucien Murat présente une pléiade de tapisseries apocalyptiques. Lʼartiste français, récompensé en 2015 du Prix Arte/Beaux-Arts Magazine place au centre de ses œuvres le récit mythologique quʼil a créé : dans un monde ravagé et hostile, le démiurge Mégathesis, héros doté de trois bras, de quatre jambes et dʼune tête lacérée, enfanté par la déesse Vina, engendra un jour en vomissant toute la bile de son corps la naissance de cinq mondes, cinq abominations liées aux cinq sens : Haptomaisaker (le toucher), les Anhomakers (la vue), les Akoetors (lʼouïe), Téhamaker (le goût), Osmekor (lʼodorat). On accompagne ainsi le héros affrontant ces cinq mondes cruels. Il nʼest jamais à lʼabri des tirs de laser, des jets de pétrole enflammé, des bucranes radioactifs et des projectiles mortels. Les protagonistes évoluent et se combattent devant un arrière-plan nerveux, électronique mais ne se soucient guère de ce cadre – ils le dépassent, lʼendommagent et le fracassent.

Étranges sans être étrangères, les images de Lucien Murat ne peuvent que difficilement laisser indifférent, et ce parce quʼau-delà de leur violence crue, elles sont structurées par un réseau dʼantagonismes, dʼassemblages et de confrontations, de citations et de créations. Attentif à lʼhistoire de lʼart & craft, lʼartiste hybride les techniques pour annuler les persistantes dichotomies entre le high et le low, le Beau et le populaire, bref, entre lʼart et lʼartisanat. Il sʼempare alors des subcultures (jeu vidéo, bande dessinée, canevas, science-fiction) pour générer des alliances avec la peinture, le cinéma, la sculpture et la tapisserie et crée ainsi une délicieuse mais improbable alliance – le pixel et le point de la tapisserie révèlent leur incontestable parenté. La cohabitation des techniques (acrylique sur patches, bâches et tapisseries chinées) et références génère un chaos, une violence, une explosion, un vertige, une résistance.1

Le vacarme est assourdissant. Les chocs de ferraille, les aboiements et hurlements de chiens monstrueux et les incessantes détonations sonnent le glas dʼune ère sombre comme un hallali funeste. Cyborgs, mutants, taureaux et chiens se combattent à tirs de lasers et de jets de pétrole enflammé ou dʼacide sous une odeur suffocante dʼhuile, dʼasphalte brûlé, de gaz toxiques, de métal et dʼhydrocarbures.
Ces impitoyables duels et chasses apocalyptiques, accompagnés tantôt des sourds vrombissements de courants électriques, tantôt du crépitement des pixels se jouent dans un espace rythmé par une géométrie dʼécrans informatiques en perte de connexion et de projections de canevas. On assiste dans ce complexe paysage à des combats, des naissances, des viols et des poursuites.

Dans ses tapisseries mêlant lʼesthétique vidéoludique des années 1990 et celle des canevas traditionnels montrant des paysages champêtres, des scènes religieuses ou des rencontres galantes, lʼartiste crée un travail loquace et polysémique qui gagne tout de même à être lu en considérant ce que lʼon a nommé condition ou art « post-internet », parce quʼelles en dérivent. Ses images sont paradoxales, impossible de ne pas y voir notre ère, en même temps quʼelles montrent un présent presque passé, déjà légèrement suranné.2 Les scènes mythologiques qui sʼy jouent illustrent à la manière des mythes grec antiques les erreurs et les vices que nous sommes condamnés à répéter. Lʼécriture mythologique est un recours pour donner un sens à lʼinexplicable, or Internet a créé un invisible, un insondable. Mégathesis apparaît ainsi comme le guide dʼune nouvelle réalité, virtuelle, et dʼun avenir qui lʼest autant.3


1, 2 Julie Crenn, tiré du catalogue de lʼexpostion, One to Rule Them All, Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, 2019.
3 Clément Thibault, tiré du catalogue de lʼexpostion, One to Rule Them All, Galerie Suzanne Tarasieve, Paris, 2019.
Photos Jean de Calan

Lucien Murat One to Rule Them All

Leurs visages, grimacés par la peine,
vident leurs réservoirs à complaintes élégiaques,
Pleurent leurs cieux tant aimés desquels
elles furent injustement séparées.
Pourquoi les avions finissent-ils toujours
par s’écraser ?
Lucien Murat

Au mur, dans le salon d’une dame âgée, des canevas encadrés lourdement
de bois présentent des meules de foin, des chatons mignons, une tour Eiffel, un cygne majestueux, les tournesols de Van Gogh. Réalisés à la main,
les canevas sont à la fois les peintures
et les tapisseries accessibles aux classes populaires. Un accès à l’image que l’on fabrique point par point. Lucien Murat travaille à partir de canevas assemblés entre eux depuis plusieurs années. Attentif à l’histoire de l’art & craft, l’artiste hybride les techniques pour annuler les persistantes dichotomies entre le high et le low, le Beau et le populaire, bref, entre l’art et l’artisanat. Lucien Murat annule une hiérarchie normalisante au profit de croisements inattendus et délicieusement absurdes. Il s’empare alors des subcultures
(jeu vidéo, bande dessinée, canevas, science-fiction) pour générer
des alliances avec la peinture,
le cinéma, la sculpture et la tapisserie. La cohabitation des techniques
et des références génère un chaos,
une violence, une explosion, un vertige, une résistance.

L’œuvre de Lucien Murat prend aujourd’hui une nouvelle dimension.
Ses peintures hybrides présentent
un monde posthumain où les cyborgs
ont pris le contrôle de la Terre. La lumière y est aveuglante. Parmi les pneus
et la ferraille, il est possible de déceler des odeurs d’huile, d’asphalte brûlé,
de gaz toxiques, de métal et d’hydrocarbures. L’air y est irrespirable, chaud et humide. Le temps, tel que nous l’avons créé, est littéralement suspendu. En haut et en bas des compositions, deux bandes noires encadrent les peintures/tapisseries. Empruntées
au cinéma, elles articulent visuellement une continuité entre les œuvres qui apparaissent comme les images fixes d’un film en construction. À la manière d’un film dont chaque scène est arrêtée, l’artiste représente tous les points de vue d’une même situation. Il se concentre ainsi sur les regards, les mouvements et les actions. Au fil des œuvres
se développe un récit, un scénario mythologique dont les personnages,
les décors, les scènes et les costumes ont été fabriqués sur mesure par l’artiste. Ce dernier souhaite représenter le monde numérique dans ce qu’il comporte de sublime (au sens de ce qui nous dépasse), d’extrême violence et de confusion. Un monde en mouvement permanent, fait d’informations, de codes, d’images, de flux. Un monde formé
de pixels que nous retrouvons à la fois dans les canevas, mais aussi sur les textiles imprimés, réactifs aux sources lumineuses, la fabrication de glitchs et l’ajout en peinture de motifs complexes. À partir de ces différents plastiques
et iconographiques, Lucien Murat élabore la genèse hypothétique
d’un monde numérique : d’un paysage érotique et vrombissant des crânes ailés surgissent à la pointe d’éclairs vert fluo venue du ciel. Les crânes s’explosent au sol, sur les carcasses de voitures,
sur des montagnes de pneus,
sur les « vestiges d’un temps mort »
que le dernier des humains contemple silencieusement l’avènement d’un monde nouveau. Vina, la Mère Génitrice, fait son apparition. Son corps anthropomorphe est fait de colère, de chair et d’acier. Tahamaker, le dernier crâne ailé fait irruption. Il viole Vina qui, quelques mois plus tard donne naissance à trois fils qui vont n’en faire qu’un seul : Mégathesis. Le héros est doté de trois bras, de quatre jambes et d’une tête lacérée. « Il refuse toute identité. » Mégathesis est un être de douleur, de honte et de puissance.
En vomissant toute la bile de son corps, il engendre cinq mondes, cinq abominations liées aux cinq sens : Haptomaisaker (le toucher), les Anhormakers (la vue), les Akoetors (l’ouïe), Téhamaker (le goût), Osmekor (l’odorat). D’œuvre en œuvre, nous accompagnons Mégathesis dans sa rencontre avec les cinq mondes
peuplés de créatures atroces, armées
et stridentes. En dehors de toutes normes, leurs corps sont excessivement musclés, volontairement non genrés, outrageusement augmentés ou mutilés. Mi-humains, mi-cyborgs, les personnages composent la trame d’une fiction épique, brutale et extrême.

À propos du rôle des artistes,
 Jacques Rancière écrit : « La fiction n’est pas la création d’un monde imaginaire opposé au monde réel. Elle est le travail qui opère des dissensus, qui change
les modes de présentation sensible et les formes d’énonciation en changeant les cadres, les échelles ou les rythmes, en construisant des rapports nouveaux entre l’apparence et la réalité,
le singulier et le commun, le visible
et sa signification. Ce travail change
les coordonnées du représentable ; il change notre perception des évènements sensible, notre manière de les rapporter à des sujets, la façon dont notre monde est peuplé d’évènements et de figures. »1 En proposant une représentation convulsive et spectaculaire du monde numérique, Lucien Murat figure une réalité dont tous les paramètres sont amplifiés. Au creux de cette fiction mythologique s’inscrivent un malaise, une violence, des traumas, des haines, de conflits que nous expérimentons actuellement ou bien que nous pressentons dans un avenir plus ou moins proche. Sur cette Terre posthumaine, la pénurie d’oxygène entraîne la disparition du Vivant. Seuls les robots subsistent. Aveugles et passionnés, ils rejouent les mêmes drames, les mêmes combats et les mêmes erreurs.
1. Jacques Rancière, Le spectateur émancipé, Paris, La Fabrique, 2008, p. 72.


Julie Crenn
TIRÉ DU CATALOGUE DE LʼEXPOSTION, ONE TO RULE THEM ALL, GALERIE SUZANNE TARASIEVE, PARIS, 2019.